"Oh, ça oui. Je ne veux pas lui manquer de respect mais, je peux avouer sans peine, que grâce à lui, j'ai une histoire formidable à vous raconter.
Ce matin là, il s'était habillé sans extravagance, un jean usé et une chemise claire largement ouverte au col laissant visible son torse imberbe et son pendentif de St Christophe, qu'il avait à son cou depuis sa confirmation. Il rayonnait. Sa joie de mourir était perceptible voire même contagieuse et je veux dire ici que s'il ne m'avait pas demandé de rester en vie, je l'aurais suivi sans peine.
C'est donc à 9h27 précise que j'ai perdu sa désinvolte nature au coin de la rue Thiers. Il allait voir la mort d'un pas décidé, sans peur ni remord avec son sourire habituel.
Ne vous formalisez pas, tout ce que je sais de cette histoire m'a été raconté ensuite par les dernières personnes à avoir croisé Alvin, tout au long de ses dernières heures.
Qui voudrait donner son âme à la faucheuse le ventre vide? Partir en voyage avec la faim au corps est aussi absurde que de se marier à Dieu le temps d'une vie. Alvin s'est donc arrêté à la boulangerie pour y prendre sa baguette habituelle et une fois n'est pas coutume, un de ces énormes éclairs au chocolat qui se pavanaient dans la vitrine. A ce propos, n'oubliez pas de passer en acheter un à l'occasion, vous serez à genou. Les sensations procurées vous feront aimer le travail artisanal et oublier toutes usines à pain, comme je les appelle, qui ne veulent rien d'autres qu'à nous empoisonner. Enfin... La belle Marie, rayonnante comme à son habitude derrière son comptoir, mangeait des yeux notre condamné volontaire.
Je ne saurais pas vous expliquer pourquoi et comment les choses se font, parfois, vous vous sentez proches des gens et vous sautez sur des occasions que vous auriez laissé passer les autres jours. Je connaissais deux petits oiseaux qui se sont unis juste parce que lors d'une danse, la jeune femme avait dit d'une voix douce qu'elle vivait seule avec son chat. L'homme, ayant pris cette phrase pour une invitation, s'était, sans réfléchir, laissé glisser sur ses lèvres. La vie réserve certaines surprises. Mais pour en revenir à Marie, ce jour là, sans savoir pourquoi, elle posa sa main sur celle d'Alvin qui venait arracher le quignon de la baguette encore craquante. Leurs yeux, qu'est ce que j'aurais aimé voir leurs yeux. Lucette, la veuve Anielle, gérante de la quincaillerie d'en face, témoin de la scène, m'a dit tout récemment, que cela avait été un instant de grâce. Les autres clients médusés avaient regardé et écouté muets, cette scène sensuelle et pourtant si commune où une femme prend le temps de montrer en une caresse, toute la profondeur de ses sentiments.
Alvin, avait retiré sa main après quelques secondes, et lui, qui était pourtant si timide avec les femmes, fit le tour du comptoir et embrassa avec la plus grande délicatesse la jeune Marie qui ne bougeait plus. Lui glissa quelques mots à l'oreille et s'en alla dans un assourdissant silence imposé par le moment.
La veuve Anielle, curieuse comme pas deux, avait sorti son cou fripé par la fenêtre pour voir Alvin s'éloigner sans se retourner.
Marie, enleva son tablier et sortit pour le rattraper à la grande stupeur de tous les clients. A peine fut elle sortie que les discussions allèrent bon train. Il est amusant de voir que dans ces cas là, les premières phrases qui viennent sont purement égoïstes du genre : Mais qui va nous servir maintenant? Non mais, elle ne peut pas faire ses folies en dehors des heures de travail ?... puis la curiosité reprend le dessus : Mais qu'est ce qu'il lui a dit? Vous ne les trouvez pas mignons? Je me demande si cela ne fait pas un moment qu'ils se cherchent ces deux la ?... Chacun y va de ses commentaires qui s'enchaînent et se bousculent. Enfin, nous ne sommes pas là pour critiquer la nature humane, je ne suis pas mieux que toutes ces commères.
ACTE II
Marie rattrapa Alvin qui continuait sa route vers la gare. Elle m'a dit qu'avant d'arriver au niveau de l'avenue de Bouranville, elle avait regardé sa montre qui affichait 9h57. Elle s'en souvient car elle fut surprise d'entendre les cloches sonnaient avec un peu d'avance. Elle marchait agripper au bras d'Alvin qui lui expliquait qu'il ne pourrait pas lui offrir plus de trois heures de complicité et que sa décision était non négociable. Quand tout à coup, Alvin leva les yeux et poussa Marie qui vint se cogner à la porte d'un immeuble. Un pot de fleur s'écrasa à l'emplacement même où était la jeune femme. Alvin se précipita sur Marie pour la rassurer. Sans doute qu'Alvin eut l'impression que la mort l'avait prise en grippe et qu'elle allait s'acharner ou peut être qu'Alvin pensa que c'était vraiment pas de bol ou peut être même qu'Alvin ne pensa à rien. Toujours est il qu'en levant la tête à nouveau, il s'étonna de ne voir aucun balcon d'où le pot aurait pu tomber. Vous me croirez ou non, mais l'arme du non crime avait était lâchée par un certain Stéphane Bouchettier qui voulait se débarrasser de cette horreur offerte la veille par sa belle mère qu'il déteste. C'est fou ce qu'une belle mère peut nous rendre fou par moment. Il ne faut vraiment pas être bien pour lancer, par sa fenêtre, un pot du cinquième étage sans prendre la précaution de récupérer la carte de bons voeux signés de la main de la belle mère en question. C'est à cause de cette carte dénonciatrice, qu'Alvin pu trouver la sonnette qui emmena notre gentil couple à visiter l'appartement de malchanceux à qui il manque un pot. Les premières paroles de Stéphane furent :
"Oh ben merde! Même quand j'essaie de m'en débarrasser, elle me retrouve pour me faire chier. Je m'excuse. Vous voulez un café?
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1 commentaire:
Va-t'il boire un café ?
Le saurons-nous un jour ?
Il suffit pour ça de lire... la suite...
(si tu veux m'embaucher pour faire du teasing pour ton blog, n'hésite pas)
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