jeudi 24 mars 2005

Ce qui nous plaît

Je me suis fait tantôt le témoin d'une scène peu commune, un moment d'une rare intimité dont je ne devrais pas être le narrateur. Je sais que le savoir vivre ou la descence devrait me forcer à me taire, à ne pas dévoiler ce qui s'est fait dans l'ombre ce soir là car ce moment était à eux, pas à moi; mais comme dans la vie les plaisirs se font rares, je ne résiste pas à la tentation de tout te raconter. Peut être qu'en lisant ces lignes tu te sentiras excité ou mal à l'aise, tu voudras me jeter la première pierre pour me faire comprendre que rester spectateur d'une telle scène ne se fait pas, mais là n'est pas le propos. Je ne cherche pas à être jugé, juste à être lu pour que tu puisses te faire une opinion sur ce qui aurait pu changer un univers ce soir là.

Les habitudes ont la peau dure et mon mal intérieur aussi, je sortais donc, comme chaque lundi soir vers onze heures, de ce petit lieu sordide où je m'approche chaque fois un peu plus de la limite physique qui nous lie à notre âme. Un lieu embrumé, enfumé où règne une atmosphère qui devient souvent irrespirable dans les mois de fortes chaleurs, un lieu qu'il est difficile de dépeindre en quelques mots tant les murs transpirent de tous les vices et que chaque tapis, jaunis et brulés en maints endroits, meurent sous le poids de tout ceux qui s'y posent. La sortie ne fut pas aisée puisque aprés avoir escaladé un premier tas de palettes et de gravats, je me suis accroché mon pantalon, déjà troué par ailleurs, au tranchant d'une épave de voiture repeinte de tous les mots, trébuchant par la même occasion, mais une fois de plus je m'égare de ce qui fait l'intérêt de ce récit. Mes aprés sont souvent identiques, je déambule sans trop d'objections, cette sensation de fluidité de l'esprit m'accompagne sans cesse, je réfléchis sur tout et n'importe quoi, me pose des problèmes tout en y apportant des solutions viables, débats sur les travers et les bonheurs de l'existence sans me soucier des bruits de moteurs qui s'enchainent sur le pont au dessus de moi, je rentre paisible et convaincu de ne pas être raisonnable mais c'est tellement agréable de se sentir plus grand, plus vivant ne serait ce que pour un moment. Arrivé à la hauteur de la rue du poids de l'eau, un bruit imperceptible me sort de ma torpeur créatrice, ai je rêvé ce bruit familier mais bien incongru en un tel endroit, c'est possible ou bien. Dans un effort cérébral féroce, je me convaincs à vérifier que je suis bien là où je dois être, en bon chemin, le doute ne doit pas en ce moment être de la partie, il me faut être ce que je dois, cette concentration me fatigue et je repars aussitôt dans mes lymbes quand le bruit se refait entendre. Un son doux, pareil au râle attendrissant d'une femme discrète qui approche des sommets du plaisir lorqu'elle savoure un petit morceau de chocolat, un murmure à peine contenu mais tellement jouissif que je ne résiste pas à la tentation de m'approcher pour être sûr de ce premier ressenti. Le bruit se fait plus fort à mesure que j'approche discrètement dans une demi obscurité protectrice, jusqu'au moment où je vois enfin le doux spectacle de ces deux corps en plein union accolés au rebords d'une large fenêtre. Que doit on faire à cet instant, je ne suis pas à même d'y trouver une réponse et je me laisse alors le temps sans bouger de ma position d'y trouver une solution viable à tout point de vue. Je regarde ces deux corps s'entremeler doucement, une jambe glisse sur le côté, une main amie vient la caresser, se posant avec douceur pour remonter calmement mais de façon trés expérimentée le long d'elle. Ils s'embrassent doucement, j'imagine presque les baisers que j'aime à faire à celle que j'aime, en mordillant d'abord le coin de ses lèvres puis en aspirant légèrement pour enfin m'engouffrer avec douceur dans sa bouche pulpeuse, j'avoue que le plaisir vient à se faire sentir en moi et ma curiosité déplacée me donne la force de me cacher un peu pour mieux y voir sans être vu. Ils continuent à s'embrasser, j'entends le bruit familier du zip d'un jean qui descend et je vois ce pantalon qui tombe à hauteur des genoux. L'homme s'arrête un instant pour faire descendre un peu plus ce pantalon génant, une main vient à glisser je présume dans le caleçon que je vois rapidement au même niveau que le jean. Je ne peux pas cacher mon excitation à cet instant mais reste tranquillement sage à épier ce couple expérimenté, les râles aigus continuent de se faire entendre entre chaque baiser, la obscure clarté de la ruelle, ne me permet pas de donner tous les détails mais je compris rapidement que l'homme debout avait glissé son sexe chaud dans le corps de sa compagne, les mains se sont posées sur son cou comme pour le retenir et lui resté fermement ancré au rebord pour ne point perdre un instant de sa force, je suis comme un fou et j'avoue sans mentir que ma main ne quittait plus la douce chaleur de mon sexe en erection. J'entendais les râles se faire cris et les cris se faire plaisir jusqu'au point de non retour où l'homme s'arrête lentement en se laissant caresser les cheveux. L'instant de satisfaction est de courte durée car il remet déjà son pantalon, je ne devine pas leurs yeux, je ne vois pas si comme moi ou comme celle que j'aime, ils ont cette clarté vide dans le regard de l'instant suivant l'orgasme, je ne vois que sa main qui glisse dans sa poche pour y tirer quelques billets et les lui donner. Les deux sont partis dans la même direction pour se séparer au niveau de la rue du nids. Ma soirée se terminait, vive l'amour.

6 commentaires:

ced a dit…

Hum...
Tu as de l'avenir chez Marc Dorcel ou la collection Harlequin... A toi de choisir...
'Tin, heureusement que tu l'as créé ce blog, tu les mettais où tous ces mots avant ?

Benito a dit…

je ne sais pas, il doivent sortir pendant la nuit. J'ai écrit ça parce qu'hier soir, j'ai dit à Lydie que mon prochain texte serait un beau déballage de gras, voilà, c'est fait!!

Benito a dit…

c'est gentil mais n'en fais pas trop, sinon les gens vont finir par savoir que tu es ma petite femme!!

Benito a dit…

oups........

Anonyme a dit…

Oui, pareil!
C'est bien tout ça tout ça...
Mais je ne peux pas m'empêcher de vous faire remarquer qu'il n'a pas mis de preservatif, et qu'elle ne s'en est pas inquiétée non plus...
Et j'ai lu ce texte en imaginant avec horreur que beaucoup trop d'autres personnes, adultes consentants font la même chose sans se soucier de l'un, de l'autre, des autres...

Anonyme a dit…

Quelques fautes qui peuvent être irréparables comme le coup du "chapeau", mais la verve réalistico-pénétrante de Benito en fait oublier les phôtes d'ortographe(hé-hé)et nous plonge dans un récit à suivre...C bien mon p'tit gars comme aurait dit Gainsbarre.